Idée-lecture de la semaine

Chaque semaine nous vous proposons une Idée-lecture: un livre (ou un film) qui nous a plu, et qui peut-être vous plaira aussi...

 

Semaine du 29 novembre 2021

Dans la ville provisoire par Bruno Pellegrino, Zoé, 2021, 125 p. (Cote : R PELL)

Au creux de l'hiver, un jeune homme s'installe dans une ville cernée par l'eau pour faire l'inventaire de l'œuvre d'une traductrice célèbre. Un ticket de supermarché enluminé de notes devient un document de même valeur qu'un manuscrit. Un tas d'habits sur le lit un indice aussi important que les piles de livres et de carnets. Dans un décor que floute l'omniprésence de l'eau, le jeune homme cherche à percevoir la voix de la traductrice, à se représenter son corps, jusqu'à emprunter ses gestes et ses pensées. Le processus d'allègement est inexorable et l'expérience devient vertigineuse.
Un roman troublant et envoûtant servi par une écriture poétique. (MBE)


Semaine du 22 novembre 2021

Le démon de la colline aux loups par Dimitri Rouchon-Borie, Le Tripode, 2021, 237 p. (Cote : R ROUC)

Un homme jeune condamné à la perpétuité tape sur une vieille machine à écrire le récit de sa vie saccagée. Déscolarisé très tôt, il n’a pas les mots, il ignore la ponctuation, alors il invente sa propre langue pour tenter de nommer l’innommable : enfermé avec ses cinq sœurs et frères dans un bouge aux volets clos perché sur la colline, où leurs parents les torturent, Duke ne doit sa survie qu’à la fuite. Après que ses parents ont été jugés et incarcérés, il est placé dans une famille d’accueil, d’où il s’échappe. Animal sauvage, il erre sur les routes jusqu’à la mer, dort dans des squats, et partout cherche l’âme sœur. Mais il y a en lui une violence mal contenue, qu’un rien fait exploser. C’est son « démon », dont l’emprise le pousse aux pires exactions et le mènera en prison, où celui qui n’a jamais lu va chercher une paix incertaine dans « les Confessions » de saint Augustin.
Une lecture éprouvante et dérangeante qui se lit d'une traite en apnée. L’auteur parvient à nous faire éprouver une réelle empathie pour Duke, il parvient même à faire émerger de la poésie au sein de la noirceur. Un roman magistral aussi bien sur le fond que sur la forme. (J.P.)


Semaine du 15 novembre 2021

Il est où le patron ? : Chroniques paysannes par Maud Bénézit et Les paysannes en polaire, Marabout, 2021, 191 p. (Cote : BD Bénézit)

Au fil d’une saison agricole, dans un petit village de moyenne montagne, trois femmes paysannes, voisines de marché, se rencontrent, s’entraident et se lient d’amitié. Elles ont des parcours de vie différents : Jo vient de terminer ses études et s’installe tout juste pour reprendre une ferme caprine. Il y a cinq ans, Anouk a quitté la ville où elle habitait pour emménager à la campagne, depuis, elle est apicultrice. Coline, mariée deux enfants, est originaire du village. Elle a repris il y a dix ans la ferme et les brebis laitières de ses parents. Toutes trois sont confrontées au sexisme ambiant. En les suivant dans la pratique de leur métier, on accompagne leur cheminement quotidien sur les questions féministes et aussi sur la difficulté de la vie agricole. En partageant leurs expériences, ces femmes se donnent la force de faire entendre une autre voie que celle du patriarcat.

Fruit d’une belle aventure collective, cette BD rend aussi hommage à Anne Sylvestre et sa chanson « Bergère ». (iOL)

Semaine du 18 octobre 2021

L’homme qui peignait les âmes par Metin Arditi, Grasset, 2021, 291 p. (Cote : R ARDI)

Acre, 1078. Avner, adolescent juif, est ébloui par une icône dans un monastère. Il décide de se consacrer à cet art même s'il n'a pas la foi. Il se convertit, quitte sa famille et apprend les techniques et les textes sacrés jusqu'à devenir l'un des plus grands iconographes de Palestine. En refusant de s’astreindre aux canons rigides qui régissent l’art des icônes et en osant peindre le visage de gens ordinaires, il va s’attirer les foudres de l’Eglises. Au risque de sa vie, il fait le choix de ne pas en tenir compte, car ses icônes  ont le pouvoir de réconcilier les gens.

Le dernier ouvrage de Metin Arditi nous plonge au XIème siècle, suivant le fil d’un voyage initiatique dans tout le Proche-Orient. (IOL)


Semaine du 11 octobre 2021

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXème siècle par Eric Burnand et Fanny Vaucher, Antipodes, 2019, 207 p. (Cote : BD Vaucher)

On dit souvent de l'histoire suisse qu'elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d'Emma démontre le contraire : née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle. En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale. En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi. En 1956, son neveu, qu'elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l'immigration italienne. En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire. Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches. Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l'histoire d'Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.
Une saga fictive en BD qui s’inscrit très intelligemment dans l’histoire suisse et nous fait (re)découvrir des événements ou des personnages marquants à travers l’histoire familiale d’Emma. (J.P.)

 

Semaine du 4 octobre 2021

L’entaille par Antoine Maillard, Cornélius, 2021, [Non pag.] (Cote : BD Maillard)

Le quotidien d’un groupe d’adolescents est chamboulé lorsque deux jeunes filles sont retrouvées un matin, sauvagement assassinées aux abords du lycée. La présence de la police empêche Pola de dealer autour de l’école, le discret Daniel a des pulsions de plus en plus morbides, et la populaire Laurie commence à se remémorer des souvenirs traumatisants. La vie de la petite bourgade est très vite rythmée par les flashs télévisés et la rumeur d’un dangereux meurtrier armé d’une batte se propage rapidement dans la ville.
Dans une ambiance à la « Twin peaks », ce récit initiatique met en scène des adolescents qui se retrouvent brusquement propulsés dans un univers menaçant.
Il est bien difficile de rester insensible devant la maîtrise et la force de ce premier ouvrage où la tension ne va que crescendo et où l'usage unique du crayon gris installe une atmosphère étrange et un sentiment d'irréalité proche du rêve éveillé ! (CJU)


Semaine du 27 septembre 2021

Journal de l’oubli par Sylvia Härri, B. Campiche, 2020, 207 p. (Cote : R HÄRR)

Ludmilla Salomon, une écrivaine en mal de mots, partage son quotidien avec Gaëlle, sa petite-fille de vingt-trois ans. Tandis que la plus jeune se débat avec un master consacré à une méduse que l’on dit "immortelle", la femme de lettres confie son trouble à son journal intime. Ce que Gaëlle y découvre, un jour qu’elle le lit à l’insu de sa grand-mère, entraînera les deux femmes à Noirmoutier, dans le sillage des souvenirs enfouis.

Encore un très beau livre de cette écrivaine genevoise, qui décrit avec sensibilité la perte des mots et de la mémoire. (iOL)


Semaine du 20 septembre 2021

La fête des ombres par Atelier Sentô, Issekinicho, 2021, 76 p. (Cote : BD Fête des ombres)

Naoko a la trentaine et vit dans un village des montagnes du nord du Japon. Un jour, elle rencontre une ombre, celle d’un mort errant. Elle a, selon la croyance locale, un an pour retrouver son identité. Cette histoire entre réel et imaginaire, les auteurs Cécile Brun et Olivier Pichard de l’Atelier Sento, la racontent avec une incroyable précision, des détails et une douceur splendide. Dans cette bande dessinée, vivants et morts se côtoient au quotidien.

Une histoire sensible et émouvante qui se déroule dans cette zone floue où, au Japon plus qu’ailleurs, la réalité se mêle à l’imaginaire. La fête des ombres est un petit bijou. (CJU)

Semaine du 13 septembre 2021

1991 par Franck Thilliez, Fleuve noir, 2021, 499 p. (Cote : RP THIL)

1991, (palindrome premier)
Franck Thilliez nous convie à un voyage dans le temps. 30 ans exactement, collé aux basques d’un Franck Sharko fraîchement sorti de l’école d’inspecteurs. Autant dire qu’on prend un coup de jeune à ainsi découvrir les racines de l’un des personnages de fiction les plus marquants du polar. Les tests ADN en sont à leurs balbutiements, les téléphones portables encore de la science-fiction. Les flics de ‘91 s’usent les semelles pour enquêter. C’est une double investigation de terrain auquel nous convie l’écrivain, qui visiblement a pris grand plaisir à écrire une intrigue autrement, où l’humain ne se repose pas sur la technologie pour faire le bien ou le mal. Mais, la folie des hommes n’en a pas besoin. Le cerveau humain est la plus formidable des machines, capable d’inventer des mécanismes inouïs pour faire souffrir son prochain. Sharko se confronte à une enquête hors du commun dès son début de carrière.

Le nouvel opus de Franck Thilliez, est donc encore une fois un page-turner redoutable à la mécanique bien rodée. Non content de démontrer qu’en matière de suspense et d’énigmes rusées, il n’en est plus à son coup d’essai, l’auteur prouve ici que même avec son 21ème roman, il parvient encore et toujours à se renouveler. MGA


Semaine du 6 septembre 2021

Ce que nous confions au vent par Laura Imai Messina, Albin Michel, 2021, 282 p. (Cote : R IMAI)

Sur les pentes abruptes du mont Kujira-yama, au milieu d'un immense jardin, se dresse une cabine téléphonique : le Téléphone du vent. Chaque année, des milliers de personnes décrochent le combiné pour confier au vent des messages à destination de leurs proches disparus. En perdant sa mère et sa fille, emportées par le tsunami de 2011, Yui a perdu le sens de sa vie. C'est pour leur exprimer sa peine qu'elle se rend au mont Kujira-yama, où elle rencontre Takeshi, qui élève seul sa petite fille. Mais une fois sur place, Yui ne trouve plus ses mots...
Le thème est grave, certes, mais l’ambiance n’est pas lourde, au contraire, beaucoup de douceur émane de ce roman. Cette cabine téléphonique où l’on parle aux défunts existe réellement et rend l’histoire d’autant plus émouvante. (J.P.)

 

Semaine du 30 août 2021

Fille, femme, autre par Bernardine Evaristo, Globe, 2020, 469 p.
(Cote : R EVAR)

Amma, Dominique, Yazz, Shirley, Carole, Bummi, LaTisha, Megan devenue Morgan, Hattie, Penelope, Winsome, Grace. Douze femmes âgées de 19 à 93 ans, dont la plupart sont noires, ainsi qu'un homme trans. Elles cherchent un avenir, une maison, l’amour, un père perdu, une mère absente, une identité, un genre, une existence et, au passage le bonheur.
Douze récits s’entremêlent, se répondent, riment et raisonnent. Chacune des douze est en quête et en conquête, de place, de classe, de traces, d’elle-même, des autres, de cet autrui en elle qui a déjà traversé maintes frontières, dans une Angleterre où l'ascenseur social est figé et où ces femmes demeurent le plus souvent invisibles.
Un roman étonnant par sa forme (il n’y a pas de ponctuation, mais cela ne gêne en rien la lecture) et par sa construction : chaque chapitre aborde l’histoire d’une femme, mais toutes sont reliées, certaines fois d’un fil ténu. Un récit féministe, émouvant et humaniste. (J.P)

 

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